Financement
Emprunter avec un salaire en francs suisses : euros ou devise ?
La banque française retient moins que ce que vous gagnez, et deux logiques de prêt s'affrontent. Ce que change chaque choix sur vingt-cinq ans.
Un salaire suisse impressionne un banquier, mais il l'inquiète aussi : il est payé dans une monnaie qui n'est pas celle du crédit. Toute la question du financement frontalier tourne autour de ce point.
Ce qui ne change pas : les règles françaises
Le bien est en France, le prêt est signé en France, et les règles du Haut Conseil de stabilité financière s'appliquent : 35 % d'endettement maximum, assurance comprise, et 25 ans au plus. Un apport d'au moins 10 % du prix est attendu, 20 % ouvre de meilleures conditions.
Option 1 : le prêt en euros
La banque convertit votre salaire en euros… puis lui applique une décote de change, généralement de 10 à 15 %, pour se protéger d'une baisse du franc. 6 000 CHF nets deviennent, dans son calcul, l'équivalent de 5 100 à 5 400 CHF. Certaines banques vont plus loin et retiennent un taux de conversion défavorable.
En échange, vous avez un prêt classique : taux fixe, assurance librement choisie, caution possible au lieu de l'hypothèque. Et si un jour vous quittez la Suisse pour un emploi en France, votre mensualité ne bouge pas.
Option 2 : le prêt en devise, en francs suisses
Réservé, par la réglementation européenne, aux emprunteurs qui perçoivent effectivement leurs revenus dans cette monnaie — c'est votre cas. Vous remboursez en francs ce que vous gagnez en francs : plus de risque de change au quotidien, et la banque retient votre salaire sans décote. À revenu égal, vous empruntez davantage.
Les banques régionales le pratiquent depuis longtemps — Crédit Agricole des Savoie, Banque Populaire, Crédit Mutuel, CIC, Banque de Savoie, Banque Laydernier, entre autres. Les contreparties :
- Le risque se déplace : il disparaît tant que vous travaillez en Suisse, et réapparaît violemment si vous perdez cet emploi et retrouvez un salaire en euros. Vos mensualités en francs deviendraient alors plus lourdes à chaque hausse du franc.
- L'hypothèque plutôt que la caution, plus coûteuse (autour de 2 % du prêt).
- L'assurance emprunteur est le plus souvent celle de la banque : la délégation à un assureur extérieur est rare sur un prêt en devise.
- Des taux variables indexés (sur le SARON) coexistent avec les taux fixes ; un taux affiché plus bas peut cacher une révision.
Taux de change du jour ≈ 1,06 € pour 1 CHF, taux de crédit 3,2 % assurance comprise dans les deux cas — les prêts en francs ont souvent été moins chers, demandez une offre réelle.
La question n'est pas « lequel rapporte le plus » mais « lequel correspond à ma vie » : quelqu'un qui compte rester frontalier vingt ans a intérêt au franc ; quelqu'un qui envisage un retour en France, à l'euro.
Ce que le courtier apporte ici
Sur un dossier frontalier, un courtier spécialisé fait trois choses qu'une banque de quartier ne fait pas : il sait quelles banques retiennent 90 % et lesquelles 85 %, il obtient des offres dans les deux monnaies pour les comparer sur le coût total, et il connaît les pièges du changement de devise entre la promesse et la signature — la « garantie de change » qui fige le taux entre les deux.