Fiscalité
Travailler à Monaco, habiter en France : où et combien d'impôt, la CSG, la déclaration et le prélèvement à la source
Monaco ne prélève rien, la France tout : votre salaire monégasque est imposé en France, par acomptes, sans CSG. Les cases, le calendrier et un cas chiffré à 4 500 € net par mois.
Monaco ne prélève pas d'impôt sur le revenu. Mais vous habitez en France, et la France impose votre salaire monégasque : par acomptes, sans CSG. Le piège n'est pas le montant mais le calendrier : la première année, personne ne prélève rien, et tout arrive en septembre suivant.
Où l'impôt se paie : en France, sur 100 % du salaire
La convention fiscale franco-monégasque du 18 mai 1963 n'attribue jamais l'imposition des salaires à Monaco. Résident fiscal français, vous êtes imposable en France sur l'ensemble de vos revenus (article 4 A du CGI), et l'échange de lettres de 2003 annexé à la convention soumet ceux qui travaillent à Monaco aux mêmes obligations déclaratives « que si l'activité était exercée en France ». L'article 7 ne vous concerne pas : il vise les Français qui habitent à Monaco.
Comment déclarer : l'annexe 2047, puis la case 1AG
- Annexe 2047, cadre 1 : la brochure 2026 y range les revenus encaissés « y compris à Monaco ». Montant : le brut moins les cotisations salariales obligatoires (retraite CAR 6,85 %, CMRC, chômage 2,40 %), sans retirer les 10 %.
- Report en case 1AG (1BG pour le déclarant 2) : salaires d'une activité à l'étranger versés par un employeur établi hors de France, imposables uniquement en France. C'est elle qui déclenche l'acompte. Ni 1AJ (employeur en France), ni 1AF et 8TK (pas d'impôt étranger à neutraliser).
- Heures supplémentaires exonérées jusqu'à 7 500 € (case 1GH). Compte bancaire monégasque à déclarer (formulaire 3916) : 1 500 € d'amende par compte et par an.
- 10 % ou frais réels : la déduction de 10 % (plafonnée à 14 555 €) est automatique. En frais réels, le barème kilométrique couvre un aller-retour par jour ; au-delà de 40 km (80 km aller-retour), seuls les 40 premiers comptent, sauf circonstance particulière justifiée. À 54 000 €, le forfait gagne sous 25 km.
Le prélèvement à la source : des acomptes, pas de retenue
Votre employeur ne retient rien. L'administration calcule un acompte, prélevé le 15 de chaque mois (ou par trimestre, sur option avant le 30 septembre), recalculé chaque 1er septembre d'après la déclaration du printemps. Depuis septembre 2025, les couples ont par défaut un taux individualisé : chaque conjoint paie sur ses revenus.
La première année, aucun acompte n'est dû avant septembre N+1. Si vous ne faites rien, tombent alors ensemble le solde de l'année N, étalé de septembre à décembre, et les acomptes de N+1. Vous pouvez créer un acompte dès le premier salaire (CGI, art. 204 K), puis le moduler.
CSG et CRDS : pas sur le salaire, oui sur le capital
La CSG sur les revenus d'activité ne vise que les personnes à la fois domiciliées en France et à la charge d'un régime obligatoire français d'assurance maladie (article L. 136-1 du Code de la sécurité sociale). Affilié aux Caisses Sociales de Monaco, vous échappez à la seconde : ni CSG ni CRDS sur le salaire monégasque, confirmé par le ministère dès 2002. D'où près de 10 points de net en plus.
Trois limites. Un télétravail depuis la France au-delà de ce qu'autorise l'accord franco-monégasque peut vous faire basculer vers la Sécurité sociale française, CSG comprise. Vos revenus du capital (loyers, placements, plus-values) supportent les prélèvements sociaux pleins, 17,2 % : l'exonération des affiliés d'un régime de l'UE, de l'EEE ou suisse ne couvre pas Monaco. À la retraite, la pension monégasque subit la CSG.
Cas chiffré : 4 500 € net par mois
Hypothèses : net après cotisations monégasques pris comme net imposable ; aucun autre revenu ni réduction d'impôt ; barème de la loi de finances pour 2026, plafonnement du quotient (1 807 € par demi-part) et décote sans effet ici ; conjoint à 2 000 € net imposable par mois ; répartition au taux individualisé, simplifiée. C'est l'impôt d'un salarié en France, pas retiré de la paie.
La démarche, dans l'ordre
- Permis de travail : l'employeur dépose la demande d'autorisation d'embauche au Service de l'Emploi, vous la signez ; vous recevez le permis et vos numéros CCSS et CAR.
- Le mois du premier salaire : espace particulier sur impots.gouv.fr (à créer si vous n'avez jamais été imposé), puis « Gérer mon prélèvement à la source », créer l'acompte.
- Chaque janvier : attestation annuelle de salaire, acompte à actualiser si le revenu a bougé.
- Au printemps : annexe 2047, report en 1AG, 1GH, 3916, frais réels le cas échéant.
- En août : vérifiez sur l'avis que les acomptes versés sont déduits. Le solde est prélevé dès le 25 septembre, en quatre fois s'il dépasse 300 €.
Les quatre erreurs qui coûtent cher
Ne rien signaler la première année (rien pendant vingt mois, puis tout en bloc). Déclarer en 1AJ sans 2047 : aucun acompte programmé. Se croire « Français de Monaco » (article 7), réservé aux résidents de la Principauté. Croire la CSG due sur le salaire, ou l'oublier sur les loyers.
Ce que ça change pour acheter côté français
La banque retient votre net avant impôt, sans décote de change : voyez Emprunter en France avec un salaire monégasque. Mais ce net n'est pas un net après impôt : pour le célibataire, 640 € par mois, 14 % du salaire, partent chaque 15 du mois. Comptez-les avant de fixer la mensualité. Santé et retraite : voyez Salarié à Monaco, résident en France : impôts, santé, retraite.
Le bon réflexe : le mois du premier salaire monégasque, créez l'acompte sur impots.gouv.fr et mettez 15 % du net de côté jusqu'au premier avis. En cas de télétravail, de revenus mixtes ou de bien loué, faites vérifier votre cas par le centre des impôts ou une association de frontaliers.
Avec 4 500 € net et 640 € d'impôt provisionnés, combien de m² à Menton ou à Nice ? Faites le calcul avec vos chiffres →